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La chiropratique face à ses critiques : ce que disent vraiment les études

Vendredi, Octobre 30, 2026

Le Pr Edzard Ernst est l'un des critiques les plus connus de la chiropratique. Certaines de ses remarques sont utiles et la profession les a déjà intégrées. D'autres vont plus loin que ce que les données permettent d'affirmer. Faisons le point, calmement.

Qui est Edzard Ernst ?

Médecin d'origine allemande, Edzard Ernst a dirigé pendant près de vingt ans un département de médecine complémentaire en Angleterre. Dans son livre Chiropractic: Not All That It's Cracked Up to Be (2020), il examine la chiropratique de façon très critique. Il y questionne les bases historiques de la profession, son efficacité et ses risques. Il précise toutefois qu'il ne dit pas aux patients d'éviter la chiropratique : il leur présente les données et les laisse décider.

Ce sur quoi il a raison

La « subluxation ». Le fondateur de la chiropratique, D. D. Palmer, pensait à la fin du XIXe siècle qu'une vertèbre mal placée pouvait gêner les nerfs et causer des maladies. Ernst critique cette théorie. La chiropratique suisse, enseignée depuis 2008 à la Faculté de médecine de l'Université de Zurich, la considère aussi comme une notion historique. Elle se concentre sur ce qui est démontré : les troubles de l'appareil locomoteur.

Les soins sans indication. Ernst critique les séances « d'entretien » répétées sans raison médicale. Au cabinet, un traitement n'est proposé que s'il est indiqué après un examen, et l'objectif est de rendre le patient autonome.

L'information sur les effets indésirables. Une courbature ou une raideur passagère dans les 24 à 48 heures est fréquente après une manipulation. C'est pourquoi chaque geste est expliqué avant d'être réalisé.

Là où sa critique va trop loin

« Les effets sur le mal de dos sont minimes. » La plus grande synthèse récente, publiée dans le BMJ en 2019 (47 essais, plus de 9000 patients), conclut que la manipulation vertébrale donne pour le mal de dos chronique des résultats comparables aux traitements recommandés, comme l'exercice. Les recommandations britanniques NICE proposent la thérapie manuelle, dont la manipulation, dans le cadre d'un traitement qui inclut l'exercice. C'est exactement l'approche du cabinet : manipulation, exercices et conseils.

« La manipulation du cou cause des AVC. » C'est la crainte la plus souvent citée. Une grande étude canadienne menée sur neuf ans (Cassidy et coll., Spine, 2008) n'a pas trouvé de risque plus élevé d'AVC après une consultation chez un chiropraticien qu'après une consultation chez un médecin de famille. L'explication la plus probable : une lésion d'artère débutante provoque des douleurs de nuque, qui poussent le patient à consulter, chez l'un comme chez l'autre. Ernst lui-même reconnaît que ce risque ne peut pas être chiffré. Le débat scientifique continue, et c'est pourquoi l'examen de départ recherche les signes d'alerte et que les techniques sont adaptées à chaque patient.

« La chiropratique n'est pas une vraie médecine. » En Suisse, la chiropratique est l'une des cinq professions médicales universitaires reconnues par la loi, au même titre que la médecine humaine, dentaire, vétérinaire et la pharmacie. Le chiropraticien pose un diagnostic, peut prescrire des examens d'imagerie et travaille avec les médecins. C'est très différent de la situation de certains pays où Ernst a observé la profession.

Plus de 125 ans d'histoire, et une profession qui évolue

La chiropratique est née en 1895. En Suisse, elle est remboursée par l'assurance de base depuis 1964. Cette longue histoire ne prouve pas à elle seule que la méthode est efficace. En revanche, elle montre une profession qui a su évoluer : formation universitaire, recherche, collaboration avec les médecins et abandon progressif des théories qui ne résistent pas aux études.

Les critiques comme celles d'Edzard Ernst ont aussi leur utilité : elles poussent la profession à s'appuyer sur des preuves. C'est ce que nous faisons au quotidien.

En résumé

  • La chiropratique moderne s'appuie sur les études, pas sur les théories du XIXe siècle.
  • Pour le mal de dos, la manipulation fait partie des traitements reconnus, avec l'exercice.
  • Les risques existent, comme pour tout traitement. Ils sont rares, évalués à chaque consultation et expliqués au patient.
  • Vous avez une question ou un doute ? Parlez-en lors de votre consultation : un patient informé est un patient mieux soigné.

Dr Amandine Barras, chiropraticienne à Aigle

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